(lavoixdesentreprises.info) – Après son implantation au Cameroun il y a trois ans déjà, Bange Bank, filiale de la banque publique équato-guinéenne, fait face à des pertes malgré une expansion de son réseau. Retour sur les forces et faiblesses de cette banque dans un marché bancaire camerounais de plus en plus concurrentiel.
Depuis son arrivée au Cameroun en octobre 2021, Bange Bank a ouvert une dizaine d’agences, principalement dans les régions Sud, Centre et Littoral. Cet effort d’expansion visait à établir une présence forte et à capter une clientèle variée. À première vue, ces investissements semblent prometteurs, mais les résultats financiers révèlent une réalité plus complexe. En 2023, Bange Bank a enregistré une perte nette de 5,4 milliards FCFA, en hausse par rapport à l’année précédente où elle avait déjà perdu 4,8 milliards FCFA. Une situation qui soulève des questionnements quant à la viabilité de sa stratégie d’expansion.
Malgré ces pertes, le bilan de la banque a connu une croissance de 58,6 % sur un an, atteignant 67,2 milliards FCFA. Bien que ce chiffre soit encourageant, il reste marginal comparé aux grandes institutions financières. En effet, Bange Bank se classe au 17ᵉ rang national, entre la Banque Camerounaise des PME et Access Bank, ce qui témoigne d’une lutte pour s’imposer dans un marché dominé par des acteurs établis tels qu’Afriland First Bank et Société Générale.
La collecte de dépôts a été un point fort pour l’établissement, avec un montant atteignant 37,8 milliards FCFA à fin 2024, soit une augmentation de 116 % par rapport à l’année précédente. Cependant, cette performance, bien que notable, ne représente que 0,45 % du marché. La majorité des dépôts proviennent de comptes à vue, ce qui indique une dépendance à des financements moins stables.
En ce qui concerne les crédits, Bange Bank affiche un encours de 53,5 milliards FCFA, représentant près de 0,88 % du marché. Son taux de transformation des dépôts en crédits, à 93,5 %, est l’un des plus élevés du secteur, illustrant une gestion efficace des ressources. Toutefois, le portefeuille de crédits est majoritairement constitué de prêts à moyen terme, avec une exposition limitée aux crédits à long terme, ce qui pourrait compromettre sa rentabilité à long terme.
L’un des défis majeurs auxquels Bange Bank fait face réside dans sa digitalisation. Alors que le marché bancaire évolue rapidement vers des solutions numériques, la banque a tardé à lancer son application mobile, finalement mise en service en octobre 2024. Ce retard a pu constituer un frein à son attractivité, surtout auprès d’une clientèle de plus en plus connectée. Dans un environnement où la bancarisation digitale est devenue la norme, le manque de services en ligne peut nuire à sa compétitivité.
Un autre obstacle à la rentabilité se situe au niveau des coûts d’exploitation. Pour améliorer sa situation financière, Bange Bank doit maîtriser ses charges tout en optimisant l’allocation de ses ressources. La concurrence accrue sur le marché bancaire camerounais impose une rigueur dans la gestion des coûts pour rester viable.
En outre, la stratégie géographique de la banque semble nécessiter une réévaluation. Bien que son implantation dans le sud soit stratégique en raison de la proximité avec la Guinée équatoriale, une expansion vers des zones à forte densité économique, comme le Littoral, pourrait lui offrir de nouvelles opportunités de croissance.
En somme, Bange Bank Cameroun, bien qu’affichant des signes de dynamisme, doit surmonter d’énormes défis pour s’imposer dans un marché concurrentiel. L’amélioration de sa digitalisation, la maîtrise de ses coûts et une réévaluation de sa stratégie géographique seront essentielles pour transformer ses ambitions d’expansion en succès financier.
Tressy Chouente


