(lavoixdesentreprises.info) – Le groupe Canal+, déjà présent dans plusieurs pays d’Afrique centrale, a sollicité l’autorité de la concurrence de la Cemac afin d’obtenir le feu vert pour l’acquisition de MultiChoice, un leader sud-africain de la télévision payante. Cette démarche pourrait bouleverser le paysage audiovisuel de la région.
Canal+, acteur incontournable du secteur audiovisuel français, a récemment notifié la Commission de la Cemac de son projet d’acquérir 100 % des actions de MultiChoice Group Limited, une entreprise sud-africaine de premier plan dans le domaine de la télévision payante. Cette notification, datée du 10 mars 2025, constitue une étape clé dans un processus de concentration économique d’une ampleur significative, nécessitant l’aval préalable de l’autorité compétente en matière de concurrence de la Cemac, conformément à la réglementation en vigueur.
La Commission a lancé un appel à observations le 7 mai dernier, invitant les parties intéressées à formuler leurs avis. Cette initiative marque une étape essentielle dans l’évaluation de l’opération, offrant aux acteurs concernés un délai de 14 jours pour soumettre leurs commentaires. Ce processus met en avant l’importance de la transparence et de l’inclusivité dans le cadre d’une telle concentration.
Dans le contexte actuel de la Cemac, où Canal+ et MultiChoice opèrent déjà, l’issue de cette fusion pourrait avoir des répercussions majeures sur le paysage médiatique. La Commission est confrontée à la tâche délicate d’évaluer si cette transaction pourrait nuire à la concurrence dans divers segments de marché, influencer la diversité des offres disponibles et, par extension, porter préjudice aux consommateurs.
Récemment, Canal+ a reçu un premier feu vert de la part de la Commission de la concurrence d’Afrique du Sud concernant cette acquisition, évaluée à 1,7 milliard d’euros, soit environ 1 115 milliards FCFA. Le projet prévoit un paiement de 125 rands (6 euros) par action, évaluant ainsi MultiChoice à près de 2,7 milliards d’euros. Bien que la finalisation de cette transaction ait été prolongée de six mois, la recommandation positive de l’autorité sud-africaine représente un développement crucial pour Canal+.
Cette autorité a précisé que l’opération ne devrait pas compromettre la concurrence de manière significative, tout en imposant certaines conditions pour protéger l’intérêt public, compte tenu du rôle prépondérant de MultiChoice dans l’industrie du divertissement sud-africain. Pour Canal+, cette acquisition est une opportunité stratégique, lui offrant la possibilité de renforcer sa présence dans les pays anglophones d’Afrique, où MultiChoice domine avec ses plateformes DStv et GOtv.
En consolidant sa position sur les territoires francophones, où Canal+ revendique déjà 8 millions d’abonnés, l’entreprise pourrait voir son total d’abonnés dépasser 32 millions sur le continent. Une telle croissance démographique donnerait à Canal+ une position quasi-dominante, augmentant son pouvoir de négociation vis-à-vis des producteurs, des distributeurs et des États africains.
Cette expansion revêt une importance particulière dans un contexte où Canal+ cherche à diversifier ses sources de revenus, notamment pour compenser les pertes enregistrées en Europe. En 2024, le groupe a affiché un chiffre d’affaires global de 6,45 milliards d’euros, en hausse de 2,3 %, mais a également enregistré une perte nette de 147 millions d’euros. Cette acquisition pourrait ainsi renforcer l’attractivité du groupe pour les investisseurs et contribuer à son redressement financier.
La fusion entre Canal+ et MultiChoice pourrait donc marquer un tournant décisif pour le secteur audiovisuel en Afrique centrale et au-delà. Les délibérations de la Commission de la CEMAC seront suivies de près par les acteurs du marché et les consommateurs, qui pourraient bénéficier de l’émergence de nouvelles offres et services. Ce processus d’évaluation met en lumière les enjeux stratégiques de cette opération, tant pour Canal+ que pour l’ensemble du paysage audiovisuel de la région.
Amélie Yandal



