(lavoixdesentreprises.info) – Malgré son rôle dominant dans le financement du marché des titres publics de la CEMAC, le Cameroun affiche un niveau d’investissement des personnes physiques étonnamment faible. Les données de la BEAC révèlent un contraste saisissant avec le Tchad, où l’appétit des particuliers pour les valeurs du Trésor est nettement plus prononcé. Cette situation soulève des questions sur les dynamiques du marché et le rôle prépondérant des banques.
Les chiffres de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) à fin mars 2025 mettent en lumière une réalité surprenante : les Camerounais, bien que vivant dans le pays qui contribue le plus au marché des titres publics de la CEMAC, investissent beaucoup moins dans ces instruments financiers que leurs voisins tchadiens. Alors que le Tchad affiche un taux de détention des valeurs du Trésor par les personnes physiques de 6,57 %, ce chiffre n’est que de 2,21 % au Cameroun. Cette disparité, représentant un écart de près du triple, interpelle sur les facteurs qui freinent l’investissement des particuliers camerounais dans les titres publics.
Au-delà de ce contraste, l’analyse des données de la BEAC révèle une domination écrasante des banques opérant comme Spécialistes en Valeurs du Trésor (SVT) sur le marché des titres publics de la CEMAC. Ces institutions financières détiennent 66,1 % des valeurs en circulation à l’échelle régionale, et 63,84 % au Cameroun. Les établissements de crédit non SVT ne représentent que 12,2 % du marché, tandis que les investisseurs institutionnels en détiennent 16,9 %. Les personnes physiques, quant à elles, ne pèsent que 2,8 % de l’ensemble.
Cette concentration du marché entre les mains des banques SVT pose problème, notamment en raison du non-respect de l’obligation réglementaire d’animer le marché secondaire. Les banques sont tenues de céder annuellement au moins 30 % des titres publics acquis sur le marché primaire, mais elles préfèrent réaliser des transactions entre elles, via des pensions livrées interbancaires. Cette pratique, qui consiste en un échange de titres négociables contre de la trésorerie pour une période déterminée, a connu une forte augmentation. En mars 2025, les transactions via la pension livrée ont atteint 2 473,8 milliards de FCFA, en hausse de plus de 1 000 milliards de FCFA en glissement mensuel.
Le Régime Préférentiel de Zone CEMAC, censé favoriser l’intégration économique régionale, n’a pas permis de dynamiser l’investissement des particuliers dans les titres publics. Les entreprises de la zone CEMAC bénéficient de certains avantages, tels que la suppression des droits de douane et des taxes d’importation pour les produits originaires de la zone, ainsi que la libre circulation des capitaux. Cependant, ces mesures ne semblent pas avoir eu un impact significatif sur l’appétit des particuliers pour les titres publics.
Plusieurs facteurs pourraient expliquer le faible niveau d’investissement des Camerounais dans les titres publics. Il pourrait s’agir d’un manque d’information et de sensibilisation du public aux opportunités offertes par ces instruments financiers, d’une faible culture de l’investissement, ou encore d’un manque de confiance dans le marché. Par ailleurs, la complexité des procédures d’acquisition des titres publics et le manque de diversification des produits financiers proposés pourraient également décourager les investisseurs potentiels.
L’analyse des données de la BEAC révèle un paradoxe : le Cameroun, principal pourvoyeur de ressources sur le marché des titres publics de la CEMAC, affiche un niveau d’investissement des personnes physiques étonnamment faible. La domination des banques SVT et le recours aux pensions livrées interbancaires entravent le développement du marché secondaire et limitent l’accès des particuliers aux titres publics. Il est donc nécessaire de mettre en place des mesures visant à encourager l’investissement des particuliers, notamment en améliorant l’information et la sensibilisation du public, en simplifiant les procédures d’acquisition des titres publics et en favorisant la diversification des produits financiers proposés.
Raphaël Mforlem



